SAVOIR-FAIRE

 
 
 
 
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Le vitrail, un art bien vivant

Rencontre avec Emmanuelle Andrieux, maître-verrier et directrice de La Maison du Vitrail

 
 
 
 

Née dans l'atelier que ses parents ont fondé en 1973, Emmanuelle Andrieux a appris le métier le soir, après dix-neuf heures, auprès de sa mère, avant d'en prendre la direction artistique en 2012 puis la direction générale en 2014. Maître-verrier et présidente de la Chambre Syndicale Nationale du Vitrail, elle défend un art aujourd'hui revenu dans les intérieurs comme dans les monuments. À l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2026, elle ouvre les portes du 69 rue Desnouettes et raconte la transmission, la restauration et cette manière très particulière d'écouter la lumière.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

1. Vous avez rejoint La Maison du Vitrail comme élève avant d'en prendre la direction artistique en 2012, puis la direction générale en 2014. Qu'est-ce qui vous a menée à prendre les rênes de cette maison ?

 

Emmanuelle Andrieux : Mon parcours est un peu atypique. J'ai voulu, très jeune, rejoindre l'entreprise créée par mes parents, Christiane et Philippe Andrieux, en 1973, mais ils ont préféré que je passe d'abord par une école de commerce, au cas où. Diplôme en poche, je suis enfin entrée dans l'équipe, comme directrice administrative et artistique. Le soir, après dix-neuf heures, maman me formait au métier de maître verrier.

 

Elle m'a transmis bien au-delà de la technique. Elle m'a appris à comprendre la matière, la lumière, à tenter de les sublimer et de les respecter, à les écouter chanter et vibrer. L'art du vitrail est si particulier qu'il en devient mystérieux, envoûtant. Approchez cet art et vous ne pourrez plus jamais le quitter. Papa, lui, m'a appris la gestion et tout ce qu'un chef d'entreprise doit savoir, ce qui est indispensable. J'ai suivi en parallèle une formation en comptabilité et des cours de dessin.

 

Reprendre l'entreprise était une évidence. Depuis ma naissance, ma vie se déroule au 69 rue Desnouettes, dans cet atelier aux odeurs qui m'enivrent, aux couleurs qui m'envoûtent, aux textures qui m'émerveillent. L'équipe qui m'accompagne aujourd'hui accompagnait déjà mes parents, c'est ma famille professionnelle. Mon cœur, mon âme, mon être vibrent et vivent vitrail.

 

Entreprise du Patrimoine Vivant, nous avons à cœur de porter nos savoir-faire vers l'excellence et de valoriser l'œuvre, en restauration comme en création, par cette recherche permanente de la perfection. La restauration nous permet de côtoyer les œuvres du passé, de leur restituer leur lettre de noblesse et de leur redonner une existence esthétique remarquable, toujours dans les règles de l'art. Révéler à nouveau la lumière et le graphisme de vitraux détériorés par le temps, bien souvent devenus obscurs, est une chance et un honneur. Cela demande de l'humilité, de savoir s'effacer devant l'œuvre de nos ancêtres, de se fondre dans l'esprit du maître verrier qui nous a précédés pour ne pas le trahir. S'oublier pour mieux restituer. Nous nous nourrissons du passé pour accomplir l'avenir.

 

Ce métier est également éminemment créatif. Il réunit à lui seul la couleur, le graphisme, l'architecture, la manipulation de la lumière. Créer un vitrail donne l'impression de posséder l'univers dans une boule de verre aux reflets changeants, que l'on va domestiquer pour lui faire dire un avenir en couleurs, en éclats, en brillance. C'est une relation humaine, un partage, un échange au travers de la lumière et de la vibration du verre. Une osmose qui crée une forme de bonheur. Voilà pourquoi ce métier a toujours été une évidence.

 
 
 
 
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2. Le vitrail semble connaître un regain d'intérêt, bien au-delà du patrimoine d'exception (la Coupole des Galeries Lafayette, la cathédrale de Versailles, des synagogues parisiennes). Comment expliquez-vous ce retour en grâce, y compris dans des intérieurs contemporains ou des lieux inattendus ? Comment ces deux mondes se nourrissent-ils l'un l'autre ?

 

EA : Au sein de La Maison du Vitrail, nous avons toujours créé autant que restauré. Ces deux mondes se côtoient, se complètent et se valorisent. Nous constatons en effet, depuis quelques années, que notre art, et le verre en particulier, attire et s'insère plus facilement dans les intérieurs.

 

Durant des années, le vitrail a été considéré comme désuet, poussiéreux, ancien. À force de le promouvoir, en participant à des expositions, en publiant des articles dans les journaux, en occupant les réseaux sociaux, les architectes, les décorateurs et les particuliers ont pu découvrir l'étendue des possibilités et imaginer d'insérer chez eux une œuvre unique, une âme.

 

3. On vous décrit comme une passeuse de cet art vivant. Que recouvre ce mot pour vous, et qu'est-ce qui vous semble le plus urgent aujourd'hui pour que ce savoir-faire ne se perde pas ?

 

EA : La transmission est primordiale pour la pérennité de nos métiers. Il est crucial d'être passeur de nos savoir-faire, mais également d'un savoir-être. Nous avons là une mission d'une extrême importance, car nos gestes vivent depuis des siècles dans la plus pure des traditions tout en ayant su évoluer avec le temps. Nous sommes les prolongateurs de notre histoire et de notre mémoire, et les créateurs de l'avenir de la France. Nous nous devons donc de respecter nos métiers, de travailler dans les règles de l'art et de les transmettre avec tout ce respect et cette exigence, pour permettre un avenir radieux à nos professions.

 

C'est le sens de mes engagements. Je préside la Chambre Syndicale Nationale du Vitrail et occupe la vice-présidence de la CFMA, la Confédération Française des Métiers d'Art et du Luxe. Je siège depuis de nombreuses années à la commission Experts des Entreprises du Patrimoine Vivant et suis administratrice de la fondation AG2R La Mondiale pour la vitalité artistique. Je fais partie de la commission Constructions et beaux-arts de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale et j'ai pris la présidence de l'Association Régionale des EPV Île-de-France. Toutes ces démarches bénévoles ont pour but de veiller à la sauvegarde de métiers ancestraux et de savoir-faire parfois très rares qui font la richesse de la France.

 
 
 
 
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4. Vous dirigez l'une des maisons françaises spécialisées dans le vitrail, un métier historiquement masculin. Qu'est-ce que cela a changé dans votre manière de diriger ?

 

EA : Dans mon enfance, le monde du vitrail était essentiellement masculin et les femmes n'y avaient pas forcément leur place. Aujourd'hui, la tendance s'est inversée. Nous restons néanmoins dans un métier de bâtiment, où une femme, dirigeante de surcroît, doit réunir toutes les compétences physiques et techniques.

 

Je suis déterminée à trouver un jour une égalité entre les femmes et les hommes et à faire tomber les stéréotypes que nous rencontrons encore trop souvent sur les chantiers. Je suis profondément convaincue que nous sommes tous complémentaires et que chacun a un savoir-faire à apporter aux autres.

 

5. Pour les Journées Européennes du Patrimoine, que découvrira un visiteur qui pousse pour la première fois la porte de La Maison du Vitrail, et qu'aimeriez-vous qu'il retienne de sa visite ?

 

EA : Les visiteurs découvriront notre atelier et toute l'équipe de La Maison du Vitrail affairée à la réalisation de vitraux. Nous leur expliquerons les différentes techniques existantes que nous maîtrisons.

 

J'aimerais qu'ils soient envoûtés par notre savoir-faire, qu'ils comprennent toute la rigueur que le métier impose, qu'ils aient pu baigner dans cette belle aventure du vitrail que nous vivons tous avec passion à chaque instant. Qu'ils repartent avec cette lumière verrière que nous aurons su leur transmettre et, pourquoi pas, avec l'envie de vivre eux aussi avec une œuvre unique.

 
 
 
 
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À propos de La Maison du Vitrail

 

Fondée en 1973 par Christiane et Philippe Andrieux, La Maison du Vitrail s'inscrit depuis soixante ans dans la tradition des grands ateliers verriers français. Installée à Paris, la maison s'est construite autour d'une vision exigeante de l'art du vitrail où la maîtrise technique dialogue avec la lumière et la matière. Labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), elle figure aujourd'hui parmi les rares ateliers capables de concevoir et de réaliser l'ensemble d'un projet en interne, du dessin initial jusqu'à l'exécution finale. Forte d'une collection de plus de 18 000 m² de matières anciennes et contemporaines, elle intervient aussi bien dans la restauration du patrimoine que dans la création monumentale ou les projets décoratifs destinés aux particuliers.

 

Cette histoire familiale se poursuit aujourd'hui sous l'impulsion d'Emmanuelle Andrieux. Maître verrier et actuelle Présidente des EPV Réseau Excellence Île-de-France, elle a rejoint l'atelier il y a vingt-six ans, poursuivant avec la même exigence le travail engagé par ses parents. Autour d'elle, une équipe de quatorze artisans perpétue les gestes traditionnels du métier tout en intégrant les techniques les plus avancées de restauration, de conservation et d'innovation.

 

La Maison du Vitrail occupe actuellement une place singulière dans le paysage des métiers d'art. Reconnue par les institutions publiques comme par les grandes maisons du luxe, elle a signé au fil des années des collaborations avec des acteurs majeurs de la mode et du design, tout en menant d'importants projets de restauration sur des édifices emblématiques. À travers son atelier et sa boutique, la maison continue ainsi de faire rayonner un savoir-faire rare où l'art se conjugue au présent.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
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