PAROLE D'EXPERT

 
 
 
 
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Rencontre avec Véronique Maire :

intentions, recherches et enjeux de la nouvelle exposition Horizon - expériences de la matière au JAD

 
 
 
 

Au JAD, Horizon - expériences de la matière se présente comme un paysage à explorer, révélant les étapes souvent invisibles du processus créatif : dessins, échantillons, maquettes et prototypes. Commissaire et scénographe de l'exposition, Véronique Maire - designer, fondatrice de la marque mamama et directrice de la chaire IDIS à l'ESAD de Reims - y met en lumière les liens entre matières naturelles, pratiques d'atelier et dynamiques collaboratives qui structurent aujourd'hui la création contemporaine.

 

Dans cette interview, elle revient sur le cheminement qui a nourri Horizon : rencontres avec les créateurs du JAD, travaux de recherche et collaborations qui se poursuivent parfois sur plusieurs années. Elle y partage également les projets en cours, dont la rétrospective des dix ans de la chaire IDIS, prolongeant ainsi la réflexion engagée dans l'exposition autour du rapport au matériau, de l'expérimentation et des démarches collectives.

 
 
 
 
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Horizon - expériences de la matière © Clara Chevrier, Le JAD

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

l'opportunité de monter un laboratoire de recherche en design articulé avec le territoire s'est présentée. Je travaillais déjà avec des entreprises locales, donc je me suis investie dans ce projet. Il s'agissait d'aborder la recherche par la pratique et de renforcer la pédagogie du master design objet. L'idée était de mettre les étudiants au cœur d'un maillage d'acteurs, tels des entreprises, des associations, des institutions et de développer avec eux des propositions de design. Depuis la création de la chaire IDIS, nous avons questionné plusieurs filières des éco-matériaux (lin, chanvre, terre crue, pierre, bois), produit de nombreux prototypes que je valorise par le biais d'expositions, de conférences et de publications.

 

2. Comment en êtes-vous venue au commissariat et à la scénographie ? Quand vous imaginez une exposition, comment abordez-vous les relations avec les artistes, les œuvres, les publics ? Quel type d'écoute ou d'attention guide votre manière de faire ?

 

VM : La scénographie est arrivée assez vite dans mon activité par le biais de l'événementiel et des salons professionnels. J'ai travaillé avec NellyRodi sur des forums de lingerie, sur la Biennale Émergences, d'abord en tant que scénographe, et depuis 2023 j'assure le commissariat d'exposition avec Helena Ichbiah. Cette année, j'ai également collaboré avec le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d'Art pour l'exposition Fils et Filiations, orchestrée par Audrey Demarre.

Pour moi, il n'est pas possible de présenter un travail sans connaître la personne qui est derrière. J'ai besoin de cette phase de rencontre, humaine, au sein de l'atelier : voir l'environnement dans lequel le créateur évolue, comprendre les questions qu'il se pose. Cela me permet de montrer le travail au plus juste. Et puis surtout, le commissariat devient plus intéressant lorsque l'on doit faire dialoguer plusieurs créateurs : cela permet de tisser des liens entre les pratiques tout en rendant plus lisibles les singularités.

 

3. Votre polyvalence vous amène à travailler dans des contextes variés, à vous inscrire dans des collectifs - comme c'est le cas avec la Biennale Émergences. Comment cette découverte du JAD se traduit-elle dans l'exposition et comment appréhendez-vous son collectif et sa dynamique de création ?

 

VM : Je trouve que la synergie se ressent dans l'entente des créateurs entre eux et avec l'équipe du JAD aussi. C'est très significatif au moment des repas du midi, je voyais qu'il y avait une fluidité dans les échanges. Des amitiés se créent. C'est très fort et on se sent tout de suite à l'aise.

Avec les propositions du Programme de Recherche et d'Innovation Collaborative (PRIC), on rentre un peu plus dans la précision des relations entre les créateurs, dans la manière dont leur questionnement et leur savoir-faire se répondent. J'ai constaté aussi que leur enthousiasme réciproque dans ces collaborations pouvait les amener à se surprendre eux-mêmes. Être dans une recherche empirique demande du temps, c'est pourquoi l'exposition présente différentes étapes d'avancement de la création : dessin, échantillon, maquette, prototype fonctionnel, pièce unique.

 
 
 
 
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Horizon - expériences de la matière © Clara Chevrier, Le JAD

 
 
 
 

4. L'exposition au JAD s'intitule Horizon comment ce mot résonne-t-il avec votre manière de penser l'exposition ? Quelle place avez-vous donnée à la recherche et à l'expérimentation ?

 

VM :  L'exposition s'est vraiment construite autour de cette thématique du paysage et de la matière première. Toutes ces matières naturelles issues des minéraux, des végétaux, étaient très présentes dans les ateliers que j'ai parcourus.

Il y a une manière de s'inscrire dans le monde de demain qui est pertinente, avec un profond respect pour les matériaux, à la fois parce qu'ils coûtent cher mais aussi parce que ce sont des ressources qu'il faut penser dans leur globalité afin de réduire un maximum les chutes, les déchets.

Tout ça était assez récurrent dans les ateliers, mais chacun en parlait d'une manière différente. Ensuite, bien sûr, j'avais envie de faire ressortir ce qui était leur terreau commun. La mise en forme de la scénographie est arrivée assez rapidement, tel un paysage à sillonner permettant de rentrer lentement dans les créations et de comprendre les sources artistiques.

 

5. Est-ce que vous observez une évolution ou une tendance dans les pratiques actuelles des créateurs ?

 

VM :  Je pense qu'il y a aujourd'hui une volonté beaucoup plus forte de ne plus travailler en solo, quelles que soient les générations. Pour les plus jeunes, c'est presque une évidence : collaborer, mutualiser les ateliers, partager les loyers. Cela leur permet de se sentir moins seuls dans la réflexion et d'être dans une dynamique de travail.

Ici, le lieu permet tout ça, avec un accompagnement qui les incite à collaborer. Je trouve que les créateurs du JAD sont vraiment en phase avec ce qui se passe dans la création aujourd'hui.

 
 
 
 
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Horizon - expériences de la matière © Clara Chevrier, Le JAD

 
 
 
 

6. Et particulièrement au JAD, que retirez-vous de cette immersion dans les ateliers ?

 

VM :  J'observe le projet du JAD depuis qu'il est né. Je le connaissais par le biais des événements hors les murs, mais pas vraiment de l'intérieur des ateliers. Pour moi, ça a été un vrai enrichissement d'accéder à ce lieu, de comprendre comment le projet a été construit et quelles en sont les ambitions.

J'aurais beaucoup aimé avoir accès à ce type de lieu lorsque j'ai démarré mon activité, mais cela n'existait pas. Je trouve que c'est un contexte incroyable et une vraie opportunité pour des créateurs.

 

7. Si vous deviez prolonger l'exposition, qu'est-ce que vous aimeriez continuer à explorer, à raconter ?

 

VM :  On en parlait : c'est peut-être plus la question de dévoiler la recherche, amener une forme de démocratisation dans la compréhension de la création. Comment raconter une recherche à un grand public, montrer comment les métiers se mêlent et comment les outils se déplacent.

L'époque implique de se projeter dans une vision multi-métiers, multi-approches. Collaborer avec quelqu'un peut permettre d'apprendre les premiers gestes qui amèneront à un autre métier, et ainsi de suite. La vie d'un créateur, c'est ça : être une force de rebond par rapport aux rencontres et aux thématiques abordées.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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